Le dépôt du représentant spécial du ministre sur Nutrition Nord Canada
Sur cette page
- Contexte
- La nourriture est une source de joie et de rapprochement
- La vision
- La nourriture n'est plus une source de joie
- Le choix des aliments est un droit de la personne : c'est une question de dignité
- Le Canada s'engage à ce que personne n'ait faim
- Le Canada peut réaliser ses objectifs – ses engagements – soutenir la dignité et la liberté de choix
- Le programme Nutrition Nord Canada
- Conclusion
Contexte
Aluki Kotierk, une dirigeante inuk d'Iqaluit, au Nunavut, a consacré sa carrière à l'intégration de la culture et de la langue inuites dans les programmes et services publics, afin de s'assurer qu'ils trouvent un écho auprès des communautés inuites et qu'ils leur soient bénéfiques. Originaire d'Igloolik, Mme Kotierk a occupé plusieurs postes à responsabilité au sein du gouvernement du Nunavut et, plus récemment, a été présidente de Nunavut Tunngavik Incorporated. Elle est également membre permanente de l'Instance permanente sur les questions autochtones des Nations Unies.
En mars 2025, Mme Kotierk a été nommée représentante spéciale du ministre afin de faire rapport directement au ministre des Relations Couronne-Autochtones et des Affaires du Nord. La représentante spéciale du ministre avait pour mandat de rencontrer les organisations autochtones nationales et régionales, les détaillants, les fournisseurs de transport et les parties prenantes, y compris les organismes fédéraux concernés, afin d'évaluer l'efficacité de NNC et de formuler des recommandations sur la manière d'améliorer le programme.
La nourriture est une source de joie et de rapprochement
Uujuuq! Uujuuq! Entendre ces mots nous faisait tout lâcher, que nous fussions en train de lancer des galets depuis la rive pour les faire ricocher sur l'océan plat et vitreux, de cueillir de la bruyère pour la prochaine cuisson de cuisses de caribou enveloppées dans du papier d'aluminium ou de creuser à la recherche de racines. Nous courions vers les tentes où était étalée, dehors, la viande préparée que la brise automnale avait portée à nos narines.
Tandis que nous nous asseyions autour de la grande casserole commune de viande de caribou cuite, un sentiment de joie et d'excitation remplissait l'air. Il ne s'agissait pas seulement de se nourrir et de se remplir le ventre. Il était question de camaraderie, de rapprochement et d'unité alors que des morceaux de viande étaient placés dans la bouche des tout-petits et que des ulus et des couteaux brillaient au soleil. Nous baignions la délicieuse viande brune dans un bouillon de caribou fait à partir d'un sachet de mélange à soupe. Des histoires sur la chasse étaient racontées. Des plans pour la prochaine chasse étaient proposés. Le bonheur, c'était de sentir la graisse de caribou refroidir et de figer sur nos lèvres pendant que l'on profitait du délice. Le sentiment de satisfaction et de reconnaissance était palpable.
Ce sentiment de joie et d'unité était toujours le même, peu importe ce que nous mangions. J'ai de bons souvenirs de repas d'intestins de phoque barbu cuits, farcis de la quantité parfaite de graisse de phoque barbu. J'ai toujours cru que l'intestin de phoque barbu avec un morceau de graisse était un plat destiné aux enfants, car il était particulièrement délicieux. Enfoncer ses doigts dans les cernes des intestins était toujours si amusant.
Les aliments peuvent différer selon la région de l'Arctique d'où vous venez. Cependant, le sentiment d'unité, de fierté, de joie et de reconnaissance reste le même.
Quand je pense à la nourriture, au fait de manger ensemble et au sentiment de reconnaissance, je pense au besoin d'en faire une expérience plus répandue. Or, nous savons qu'avec les taux de pauvreté élevés et le coût de la vie exorbitant, de nombreux habitants du Nord ont du mal à répondre adéquatement à leurs besoins nutritionnels. La nourriture de nos terres natales est trop souvent perçue comme un luxe.
La vision
Quand je pense aux défis que doivent surmonter nos communautés, aux défis que nous devons surmonter, je pense souvent à notre grand rêve audacieux. À quoi aspirons-nous? Selon moi, lorsque nous aurons une idée claire de ce que nous imaginons, nous pourrons commencer à réfléchir à la manière d'y parvenir. Quand je songe aux communautés de l'Arctique, je suis envahie par une grande envie de reproduire la joie que peut donner la nourriture.
J'attends avec impatience le jour où la nourriture ne sera plus une source de stress et d'inquiétude, mais plutôt une source de joie et de reconnaissance. J'attends avec impatience le jour où les habitants du Nord vivront dans la dignité et pourront choisir leurs aliments préférés, qu'il s'agisse d'aliments prélevés dans la nature ou d'aliments offerts sur le marché. Je veux que le jeune Cri de la Nation crie de Wemindji soit emballé par la chasse printanière à l'oie; je veux que le pêcheur gwich'in à Old Crow sache qu'il peut se procurer du saumon; je veux que l'Aîné cri de York Factory ressente la joie de manger de l'orignal provenant de sa terre natale; je veux que la mère inuk qui allaite à Makkovik n'ait pas à choisir entre acheter de la nourriture et chauffer son foyer. Je veux que le Déné diabétique de Whati ait la certitude que son aliment adapté à sa diète particulière sera offert. Je veux que le petit Inuk de Paulatuk grandisse avec l'ambition de devenir un chasseur respecté.
Ces aspirations sont réalisables. Les idées ne manquent pas.
L'histoire nous a montré que, lorsqu'il y a une volonté et un engagement politique, il y a une voie vers des mesures de soutien concrètes, durables et transformatrices.
Une condition préalable à la réalisation de cette aspiration et au rétablissement de la prospérité des peuples autochtones est d'assurer l'autodétermination des Autochtones. Les peuples autochtones expriment à répétition un besoin de prendre leurs propres décisions en ce qui concerne leur vie et leur avenir.
La nourriture n'est plus une source de joie
Nous savons que la préparation des aliments ainsi que le partage et la consommation de nourriture peuvent être imprégnés de joie, de culture, de liens sociaux et de reconnaissance. La nourriture peut être une source de fierté culturelle. Raconter des histoires sur la chasse et subvenir aux besoins de sa famille et de sa communauté peut renforcer les liens sociaux. Les célébrations lors des premières prises montrent à quel point ça compte de fournir un apport productif à sa communauté et envahissent tout un chacun d'un sentiment de reconnaissance.
Autrefois source de fierté culturelle et de cohésion sociale, la nourriture peut maintenant provoquer de la douleur, déclencher des traumatismes et susciter beaucoup, beaucoup de honte.
La colonisation modifie les modes de vie de manière efficace et systématique et fait insidieusement croire aux gens que leur mode de vie est inférieur et honteux. Cette perturbation délibérée crée les conditions propices pour accroître la dépendance, qui prend racine et s'affermit. Les décisions sont prises à partir de l'idée que les peuples colonisés sont inférieurs.
En raison de la colonisation, des familles ont été relogées, déplacées et séparées de leurs terres natales. Des chiens ont été abattus. Les peuples autochtones ont été systématiquement privés de leur capacité à subvenir à leurs propres besoins nutritionnels.
Des règlements et des lois qui limitent la récolte et l'accès aux lieux de chasse, de pêche et de cueillette ont été introduits et mis en œuvre. Ces événements ont eu une incidence directe sur la disponibilité des aliments et ont entraîné la perte continue du savoir autochtone. La perte du savoir autochtone, quant à elle, a directement mené à une perte de culture et à un changement dans l'identité, qui se rapporte à l'estime de soi.
On a constaté une transition nutritionnelle jumelée à une dépendance accrue aux aliments offerts sur le marché des détaillants. Grâce à des programmes comme Nutrition Nord Canada (NNC), les habitants du Nord apprennent quels aliments sont sains et nutritifs, et quels aliments sont subventionnés.
Les décisions prises pour nous, alors que nous sommes loin de chez nous, peuvent avoir des effets négatifs à long terme.
Enfant, j'ai ressenti les effets directs de l'interdiction des peaux de phoque décrétée par l'Union européenne. Notre famille, comme beaucoup d'autres, s'est vue privée des revenus d'appoint qu'elle tirait de la vente de ces peaux. Cela signifiait qu'il y avait moins de ressources pour acheter de l'équipement de chasse. Cela signifiait que les ménages ressentaient plus de tension et de stress. Cela signifiait que certains jours, nous ne savions pas ce que nous allions manger.
Nous savons que les approches bien intentionnées entraînent parfois des préjudices involontaires.
Parfois, de telles décisions de politiques publiques donnent lieu à un résultat cruel pour les enfants, qui deviennent affamés. Bien qu'ils ne puissent rien y faire, ce sont les enfants qui sont les plus touchés par les conséquences de ces politiques. Les enfants sont souvent durement touchés, car ils voient leurs parents incapables de bien les nourrir. Certains d'entre eux éprouvent un grand sens des responsabilités à l'égard de leurs jeunes frères et sœurs et portent une honte profondément ancrée en eux une fois adultes. Ce sont des politiques sur lesquelles ils n'ont aucun contrôle, mais ce sont eux qui en subissent le plus les effets.
Des effets similaires ont été ressentis, plus récemment, lorsque le gouvernement canadien a décidé de ne pas renouveler l'Initiative : Les enfants inuits d'abord. La cruauté de pouvoir fournir de la nourriture un jour, mais pas le lendemain, laisse une empreinte traumatisante sur de nombreux enfants, qui ne comprennent pas pourquoi leurs parents ne sont plus en mesure de les nourrir. Cela laisse aussi un lourd fardeau de culpabilité sur les épaules des parents qui, comme d'autres, s'efforcent d'être de bons parents.
Le choix des aliments est un droit de la personne : c'est une question de dignité
Si vous êtes comme moi, vous avez probablement grandi en entendant les histoires des Aînés de la communauté. Parfois, ces histoires faisaient partie des récits épiques échangés entre nos peuples, quelle que soit l'immensité de notre territoire. Parfois, ces histoires relataient des temps passés.
Lorsque je pense à la sécurité alimentaire dans le Nord, je me remémore une histoire que m'a autrefois racontée ma défunte grand-mère. Dans cette histoire, elle expliquait que chaque personne avait un rôle important à jouer dans nos campements. Même les petits enfants se faisaient dire de rester attentifs lorsqu'ils sortaient jouer avec leurs amis. Lorsqu'ils se rendaient chez quelqu'un d'autre, on leur disait d'être observateurs. Le qulliq semblait-il à court de graisse? La zone d'entreposage de nourriture semblait-elle vide? Lorsqu'ils rentraient chez eux, les enfants présentaient leurs observations à leur mère. Lorsque l'enfant constatait que le qulliq d'un ménage manquait de graisse ou qu'il n'y avait plus beaucoup de viande, la mère recueillait les denrées appropriées, qu'il s'agisse de graisse ou de viande, puis allait rendre visite à la mère du ménage en question. Elle expliquait ensuite qu'elle avait trop de graisse et qu'elle espérait que l'autre mère pourrait lui rendre service en utilisant l'excès.
Pour moi, cette histoire montre clairement à quel point nous sommes conscients du fait que personne n'est à l'abri des difficultés. Nous faisons tous partie d'un réseau sociétal fondé sur la parenté et les relations, et nous devons veiller au bien-être de chacun. Lorsque les membres de notre famille ou de notre communauté se portent bien, nous nous portons bien. La mère qui a reçu la graisse n'a jamais eu à en demander. Ainsi, sa dignité est restée intacte. Elle n'a pas eu à ressentir la honte de ne pas pouvoir subvenir aux besoins de son propre ménage.
De nombreuses sociétés de peuples autochtones partout dans le monde s'appuient sur des principes de réciprocité et de solidarité, et la nourriture est souvent partagée au sein des communautés et entre elles. Le Nord du Canada ne déroge pas à la règle.
Ce réseau de partage culturel très profond est encore très répandu dans les communautés du Nord, comme le Denendeh, l'Inuit Nunangat, la région du Sahtu et Eeyou Istchee, des communautés desservies par le programme NNC. Ces réseaux de soutien sont fondés sur les liens familiaux et les valeurs culturelles et appuient la dignité des membres de la communauté.
En tant qu'adulte qui passe beaucoup trop de temps à réfléchir au droit à la dignité de chacun, je crois que cette norme sociétale ancrée dans la pratique culturelle inuite est une façon brillante de garantir l'existence d'un filet de sécurité sociale. Personne n'est à l'abri de la misère. Personne n'est à l'abri de la faim.
Le fait que les membres de la communauté remarquent un besoin et y répondent sans qu'on leur demande de l'aide permet d'éviter la grande honte qui est si innée et liée à tant de programmes. En fait, je dirais que la honte est un grand vestige colonial qui continue de faire des ravages dans nos communautés.
Je me souviens de la grande honte que j'ai ressentie lorsque j'ai marché vers la banque alimentaire du quartier avec ma mère pour demander de la nourriture. Même si j'étais reconnaissante du fait que nous allions nous remplir le ventre avec les denrées qui nous ont été si généreusement données, je me sentais aussi très en colère et frustrée du fait que nous étions pauvres et que nous devions à nouveau manger des haricots. J'ai commencé à associer les haricots à la pauvreté.
Pour moi, ce sont les haricots; pour quelqu'un d'autre, c'est peut-être un autre aliment. Il est extrêmement important que les gens soient en mesure de faire des choix. Les choix favorisent la dignité.
Le Canada s'engage à ce que personne n'ait faim
Comme de nombreux autres États membres, le Canada s'est engagé à mettre en œuvre le droit à une alimentation adéquate, qui souligne l'importance d'éliminer la faim, et à mettre en relief le lien indéniable qui existe entre la dignité humaine et l'accès à des aliments sûrs, adéquats et nutritifs. Il importe de souligner les aspects culturels de la nutrition, qui sont si essentiels pour les peuples autochtones et inclus dans les directives sur le droit à l'alimentation.
En 2015, le Canada et de nombreux autres États membres ont adopté la résolution établissant le Programme pour 2030 et les 17 objectifs de développement durable (ODD). L'ODD 2 est axé sur l'élimination de la faim. En mettant en œuvre cet objectif, l'intention est de créer un monde exempt de faim d'ici 2030.
La Déclaration des Nations Unies sur les droits des peuples autochtones met l'accent sur l'autodétermination et appuie le contrôle des peuples autochtones sur leur alimentation, ce qui est conforme à la notion de souveraineté alimentaire et au droit de définir librement ses propres politiques alimentaires.
Depuis le Sommet mondial de l'alimentation de 2021, le Canada est impliqué dans la Coalition pour une saine alimentation scolaire. Cette décision est conforme au Programme national d'alimentation scolaire du Canada. Elle doit avoir pour objectif la promotion de produits alimentaires adaptés à la culture et accessibles localement. Le Canada doit faire preuve de détermination dans son approche. Nous savons que les programmes d'alimentation scolaire ont modifié les préférences des jeunes autochtones en matière de santé et d'alimentation en faveur d'aliments transformés et moins sains.
Tout aussi important est le besoin d'être impliqué et de soutenir la Coalition pour les systèmes alimentaires des populations autochtones, qui a été établie en même temps que la Coalition pour une saine alimentation scolaire.
En 2021, le Canada a souligné dans sa déclaration nationale qu'il a beaucoup à apprendre des partenariats avec les peuples autochtones qui ont protégé la biodiversité et prouvé l'importance de protéger les systèmes alimentaires traditionnels.
Une stratégie canadienne visera à renforcer la souveraineté et la sécurité du Canada dans la région de l'Arctique.
Le Canada peut réaliser ses objectifs – ses engagements – soutenir la dignité et la liberté de choix
Le meilleur moyen pour le Canada d'affirmer la souveraineté dans l'Arctique est que les Canadiens qui y vivent soient en santé et autonomes. Pour faire fond sur le rapport de de Mary Simon intitulé Un nouveau modèle de leadership partagé dans l'Arctique, où elle affirme clairement que le Canada doit veiller au bien-être des résidents de l'Arctique, je tiens à souligner que ce bien-être englobe le fait d'avoir suffisamment de nourriture et de se sentir en mesure de prendre des décisions à ce sujet grâce à la souveraineté alimentaire. En effet, la souveraineté dans l'Arctique comprend la souveraineté alimentaire des peuples autochtones.
Le Canada doit se focaliser sur les besoins des gens et se demander s'il fournit systématiquement les mesures de soutien nécessaires pour qu'ils puissent obtenir les aliments qu'ils préfèrent et qui les nourrissent adéquatement, tant sur le plan physique que sur le plan émotionnel.
Il faut accepter qu'il n'y aura pas suffisamment de concurrence pour redresser l'économie comme c'est le cas pour les marchés du Sud, où la concurrence est beaucoup plus forte.
Une obligation morale s'impose lorsque les habitants du Nord contribuent autant à l'identité, à la souveraineté et à la sécurité canadiennes.
Lorsqu'il défend l'Arctique, le Canada doit tout mettre en œuvre pour s'assurer que les habitants de l'Arctique ont les moyens d'être des citoyens en bonne santé, qui se sentent bien et qui contribuent à la société.
Le Canada prétend toujours être une nation arctique. Il est donc crucial que le pays fasse les investissements nécessaires dans l'Arctique pour que les habitants de cette région soient en bonne santé et puissent contribuer activement à la société.
Comme d'autres Canadiens, les personnes vivant dans les communautés admissibles à NNC aimeraient être en mesure de choisir des aliments appropriés.
Il s'agit d'un problème canadien. La solution est un exercice d'édification de la nation. La modernisation de NNC n'est pas seulement une question de sécurité alimentaire, mais une initiative de construction de la nation qui contribue à la réconciliation, au développement économique ainsi qu'à la souveraineté et à la sécurité du Canada.
Imaginez la quantité d'énergie, de passion et d'attention que les Canadiens du Nord pourraient consacrer à l'amélioration de notre pays s'ils n'avaient pas à s'inquiéter constamment de la provenance de leur prochain repas ni de la manière optimale de gérer leur budget alimentaire pour nourrir tout le monde, eux qui se demandent peut-être actuellement quel repas ils devraient sauter ou comment ils vont pouvoir aider leurs enfants à vivre leur vie pleinement. Nous consacrons tant d'énergie à veiller à ce que nos ménages aient suffisamment de nourriture, et cette question suscite en nous tant de honte et d'inquiétude.
Le Canada sait que le revenu des ménages est fortement corrélé à celui de l'insécurité alimentaire.
La sécurité alimentaire est un déterminant social de la santé. La faim et la malnutrition rendent les individus moins productifs, plus vulnérables aux maladies et donc souvent incapables de gagner plus d'argent et d'améliorer leurs moyens de subsistance. Nous savons que l'insécurité alimentaire contribue à la prévalence de maladies évitables et contagieuses, comme la tuberculose.
Cela signifie qu'il doit y avoir des investissements et des initiatives de grande envergure pour aborder la sécurité alimentaire de manière transformatrice et durable. Parfois, une approche concertée est nécessaire.
Le programme NNC en lui-même ne s'attaque pas à l'insécurité alimentaire dans l'Arctique. Ce qu'il faut, c'est un programme global de lutte contre la pauvreté. Il faut mettre l'accent sur la capacité ou les moyens d'acheter les aliments appropriés ou l'équipement nécessaire pour obtenir ceux-ci. Il importe peu que le prix du sac de farine soit très abordable dans une communauté de l'Arctique si ses habitants n'ont pas les moyens financiers de le payer. Nous savons que la grande majorité de la population des communautés admissibles à NNC vit sous le seuil de pauvreté.
Afin d'aborder la question de la sécurité alimentaire de manière durable et transformatrice pour les communautés du Nord, je recommande fortement que le Canada appuie une loi qui établit un revenu garanti suffisant. L'étude du projet de loi S‑206, Loi concernant l'élaboration d'un cadre national sur le revenu de base garanti suffisant, est encourageante. Le mot clé est « suffisant » plutôt que « de base », encore une fois pour encourager et soutenir la dignité et l'autonomisation. Cet aspect est important afin que les habitants du Nord aient les moyens d'acheter des aliments offerts sur le marché ou la liberté d'acheter du matériel de chasse coûteux afin de participer activement aux activités de récolte.
Avoir un revenu permet aux personnes de choisir les aliments et autres articles ménagers qu'elles souhaitent acheter. Cela a été démontré par l'offre de la Prestation canadienne d'urgence pendant la pandémie de COVID‑19 et des cartes-cadeaux utilisées pour acheter de la nourriture et des articles ménagers. Un phénomène similaire s'est produit dans le cadre de l'Initiative : Les enfants inuits d'abord. Cette initiative s'est attaquée à l'insécurité alimentaire et à la disparité des revenus au Nunavut : près de 5 000 demandes liées à des nécessités et à des mesures pour favoriser la sécurité alimentaire ont été approuvées en 2023‑2024 seulement, une aide totalisant 58,5 millions de dollars.
Selon certaines hypothèses, cet argent distribué par les programmes gouvernementaux a entraîné une augmentation des prix. Je sais aussi qu'il y a eu une hausse de l'inflation. Il importe de réfléchir aux moyens de maintenir les prix à un niveau raisonnable.
Le fait d'établir différents niveaux de subventions peut partir d'une bonne intention, mais cela peut causer des préjudices. Pourquoi un sac de salade préparé n'est-il pas subventionné alors que tous les ingrédients du sac le sont? J'ai tenté de réfléchir sérieusement à l'aide de différentes approches pour comprendre pourquoi les pâtes d'une certaine forme sont subventionnées alors que des pâtes d'une autre forme ne le sont pas, même si elles ont la même valeur nutritionnelle. Cela n'a aucun sens pour moi, et je soupçonne que cela n'aurait aucun sens pour un Canadien qui vit à Vancouver, à Regina ou à Halifax.
Je me suis demandée si le gouvernement devrait envisager de plafonner les prix de certains articles. Je suis d'avis qu'il y aurait encore une fois un problème quant à la détermination des articles dont le prix devrait être plafonné et que l'établissement de ce plafond serait biaisé sur le plan culturel. Cette solution pourrait donc ne pas répondre adéquatement aux besoins des résidents des communautés admissibles à NNC. Il s'agit encore une fois de la question du choix et de la capacité de faire des choix, qui est si importante pour moi. Je crois que tous les articles des communautés admissibles à NNC devraient être subventionnés. Je m'attends à ce que le gouvernement soulève la question des coûts et je soupçonne que les administrateurs de programme s'inquiètent du fait que cela dépasse de loin le budget de NNC. Tout cela est vrai. Or, il est aussi vrai que les résidents qui vivent dans les communautés admissibles à NNC sont également des Canadiens : ils sont en droit de s'attendre à une accessibilité et à un niveau de vie équivalents à ceux des autres Canadiens. Ce n'est pas parce que nous vivons dans l'Arctique que nous sommes moins Canadiens et que nous devrions réduire nos attentes. En fait, il y a toujours un sous-investissement dans l'Arctique. Compte tenu de tout cela, je suis fermement convaincue que tous les articles doivent être subventionnés en fonction d'un modèle d'inflation qui tient compte de l'inflation générale des marchés et des coûts variables causés par la distance de la chaîne d'approvisionnement.
Les frais de transport contribuent au prix total payé par les consommateurs. Le gouvernement pourrait donc chercher des moyens de réduire les frais d'expédition. Beaucoup de communautés du Nord sont relativement petites et plusieurs d'entre elles sont seulement accessibles par avion, ce qui entraîne un manque de concurrence non seulement du côté des détaillants, mais aussi des fournisseurs de services d'expédition. En outre, le gouvernement canadien pourrait peut-être négocier un taux de transport fixe, peu importe le volume de marchandises transportées, que ce soit par avion, par barge, par chemin de fer ou par route. Cela permettrait de garantir que les coûts de transport sont les mêmes pour toutes les communautés. Ce serait plus équitable pour les petits détaillants qui ne détiennent pas le même pouvoir d'achat. Je crois comprendre que le gouvernement canadien avait négocié un taux fixe pour desservir toutes les communautés admissibles au moyen de l'ancien Programme d'approvisionnement alimentaire par la poste. Je dois souligner que cela aiderait également à expédier du matériel et du carburant coûteux pour la chasse et la récolte.
Les politiques et les initiatives publiques du gouvernement qui seront mises en œuvre dans l'Arctique doivent tenir compte de leur incidence sur la sécurité alimentaire. Le gouvernement du Canada a l'occasion d'adopter une approche pangouvernementale pour s'attaquer à l'insécurité alimentaire dans le Nord. Bien souvent, pour réaliser ses priorités, il faut faire un suivi des progrès et prendre consciemment et délibérément des initiatives pour s'assurer qu'on avance. J'estime que le gouvernement pourrait envisager de prendre la sécurité alimentaire en considération lorsqu'il entreprendra de lancer des programmes et des services nouveaux ou renouvelés dans le Nord. Les changements appuieront-ils la souveraineté alimentaire? Soutiendront-ils la dignité? Comment ont-ils une incidence positive sur l'accès aux aliments prélevés dans la nature? Comment ont-ils une incidence positive sur l'accès aux aliments offerts sur le marché?
Il y a beaucoup d'occasions d'améliorer les choses. Par exemple, dans le cadre de sa Politique sur l'Arctique, le Canada s'est engagé à mettre l'accent sur l'infrastructure. Lorsqu'on se lance dans des projets d'infrastructure, on peut se demander comment les modifier pour s'assurer qu'ils auront une incidence positive sur la sécurité alimentaire. Peut-on améliorer les pistes d'atterrissage, qui sont souvent courtes et faites de gravier? J'ai entendu dire que l'amélioration des pistes pourrait avoir une incidence positive sur la disponibilité et la qualité des aliments offerts sur le marché, car cela influerait directement sur le type d'aéronef qui pourrait être utilisé. Si on consacrait une attention particulière à l'infrastructure, on pourrait s'assurer que les ports répondent non seulement aux exigences d'ordre militaire, mais aussi qu'ils appuient la chasse traditionnelle. Il est possible de mettre l'accent sur des approches à plusieurs volets lorsque l'on entreprend des projets d'infrastructure. Un garage chauffé peut-il être inclus dans la conception et la planification? Il pourrait servir à réparer l'équipement de chasse. Serait-il possible d'investir dans des usines de transformation des aliments ou des congélateurs communautaires?
Le programme Nutrition Nord Canada
Bon nombre d'entre nous qui appelons l'Arctique notre chez-nous sont de fiers Canadiens, mais sont frustrés par le manque d'investissements coordonnés et globaux faits par le Canada dans notre terre natale. Au fil de l'histoire, le Canada s'est intéressé à nos terres ancestrales de manière superficielle, c'est-à-dire à des fins de souveraineté et de sécurité, pour extraire des ressources naturelles, pour atteindre des objectifs de conservation, pour faire avancer la science et la recherche, et pour établir de nouvelles routes maritimes.
Dans le cadre d'un exercice d'édification de la nation et de l'intégration de l'Arctique au Canada, le Canada doit investir de manière adéquate et exhaustive dans l'Arctique. C'est logique sur le plan économique, mais c'est surtout la bonne chose à faire d'un point de vue moral. Une approche pangouvernementale est essentielle pour lutter contre l'insécurité alimentaire dans l'Arctique. Il est moralement inacceptable qu'il y ait, dans un pays aussi riche que le Canada, d'aussi vastes régions où les Canadiens sont incapables de subvenir à leurs besoins essentiels.
Le Canada doit investir de façon durable dans l'Arctique pour sortir sa population de la pauvreté. On s'intéresse actuellement à la sécurité et à la souveraineté dans l'Arctique. Cet intérêt doit être maintenu.
Notre population de jeunes est élevée, tout comme le taux de pauvreté. Malgré ces circonstances, de nombreux Canadiens brillants du Nord contribuent énormément à la société et à l'identité canadiennes. Investir dans le bien-être de notre population contribuera positivement à nos propres communautés et à l'Arctique, mais encore plus largement au Canada. Le bien-être comprend la lutte contre l'insécurité alimentaire.
Certains facteurs échappent au contrôle du programme NNC. Il ne fait aucun doute que l'inflation élevée a une incidence sur le coût élevé des aliments pour tous les Canadiens, et que le coût de la vie pour tous les Canadiens fait augmenter le coût des aliments pour les habitants du Nord.
Il est clair pour moi qu'il faut adopter une approche globale plus large pour lutter contre l'insécurité alimentaire dans le Nord, et que cette lutte comprend la réduction de la pauvreté et une mobilisation pangouvernementale.
Bien que NNC ne puisse pas éliminer l'insécurité alimentaire, il peut jouer un rôle de soutien important dans l'autonomisation des communautés du Nord. L'approche principale de NNC doit soutenir la dignité et l'autonomisation, et nous sommes les mieux placés pour déterminer quels les aliments sont nécessaires et quel équipement nous permettra d'obtenir ces bons aliments. Les habitants du Nord sont les plus aptes à savoir quelles solutions sont les plus appropriées.
Le programme NNC a l'occasion de se positionner comme un programme qui soutient et cultive l'autodétermination. Pouvoir faire des choix, ça procure de la dignité. Et la dignité, ça renforce l'autonomie. Ça retire les couches de honte collective que portent tant de membres de nos communautés.
Les objectifs du programme NNC sont de fournir des aliments nutritifs et abordables aux communautés admissibles. Chacune des quatre composantes du programme doit viser à offrir des choix et à autonomiser les habitants du Nord. Qu'il s'agisse de la subvention de vente au détail, du programme de soutien des chasseurs-cueilleurs, des programmes communautaires ou des initiatives d'éducation, chacune peut être conçue dans l'intention première d'accroître la liberté de choisir et l'autonomie des habitants du Nord.
Communautés admissibles à Nutrition Nord Canada
Je ne saisis pas tout à fait comment les communautés deviennent admissibles au programme NNC. Je crois comprendre qu'en 2011, on a commencé avec les communautés qui avaient participé au Programme d'approvisionnement alimentaire par la poste. À mon avis, le Canada doit procéder à un examen exhaustif pour établir les communautés qui devraient être incluses dans le programme NNC. Il doit examiner les critères qu'il a établis pour le programme NNC et déterminer méthodiquement si toutes les communautés admissibles au programme sont incluses ou non. On m'a fait part de préoccupations quant à la possibilité que certaines communautés qui ne sont pas actuellement admissibles au programme NNC pourraient grandement en bénéficier.
Soutien à la collaboration
Il est clair pour moi que l'insécurité alimentaire vécue par les Canadiens dans l'Arctique suscite beaucoup d'intérêt et d'inquiétude. Il y a tellement d'organismes du secteur privé qui désirent travailler avec les gouvernements et les membres de la communauté pour lutter contre l'insécurité alimentaire. Il importe que des efforts soient déployés pour collaborer et créer des synergies entre ces divers organismes, y compris au sein des ministères.
Un très grand nombre d'acteurs s'attaquent à l'insécurité alimentaire aux échelles communautaire, régionale, territoriale et nationale. Il y a de bonnes initiatives. Idéalement, on tenterait de simplifier le tout. Il y a également des détaillants qui fournissent des paniers de nourriture et du soutien aux chasseurs. Les organismes du secteur privé acheminent, par leurs propres moyens, des conteneurs d'expédition remplis de denrées non périssables aux banques et comptoirs alimentaires locaux des communautés. Des organismes confessionnels fournissent des banques alimentaires. Des organismes non gouvernementaux administrent des programmes pour favoriser le transfert des connaissances sur la préparation des aliments. D'autres ont exprimé leur intérêt à appuyer des initiatives de transformation des aliments.
Je crois que NNC est bien placé pour créer une autre composante dans sa série de programmes qui appuierait la collaboration entre plusieurs organismes à l'échelle communautaire. Cette démarche reconnaît l'importance des forces locales et contribue à l'autonomisation des communautés. De plus, elle permettrait de simplifier les nombreuses manières dont la souveraineté alimentaire et l'insécurité alimentaire sont traitées au sein de la communautés, d'éviter les doubles emplois et d'accroître la complémentarité.
J'ai été préoccupée par des renseignements qu'on m'a transmis selon lesquels les administrateurs du programme NNC découragent les entreprises privées de distribuer des paniers de nourriture ou de grosses quantités de denrées alimentaires dans les communautés parce que cela réduirait les marges de profit des détaillants.
Autodétermination des autochtones
J'ai insisté sur l'importance du choix. Dans l'Arctique, plusieurs traités modernes ont été conclus et doivent être respectés. De nombreux peuples autochtones vivent dans cette région. Il importe d'adopter une approche qui favorise le choix et l'autodétermination. Les gouvernements doivent soutenir cette autodétermination au moyen de relations structurées, comme le Comité de partenariat entre les Inuits et la Couronne, où il y a un engagement à collaborer et à progresser vers des objectifs communs. Les signataires de traités modernes peuvent choisir de collaborer par l'entremise de leurs propres ententes constructives et peuvent apprendre des expériences de chacun.
Systèmes alimentaires autochtones
Auparavant, NNC était fondé sur l'idée que le seul moyen de lutter contre l'insécurité alimentaire était d'importer des aliments du Sud du Canada. Cette approche n'est pas surprenante. En effet, elle est conforme au fonctionnement de l'ancien Programme d'approvisionnement alimentaire par la poste et à l'approche coloniale raciste adoptée dans la gestion de l'Arctique.
Le Canada, grâce à l'établissement de la Subvention pour le soutien aux chasseurs-cueilleurs, a apporté d'importants changements au programme NNC en vue de favoriser l'autodétermination, ce qui a une incidence positive considérable sur la dignité et le choix. Ce changement a grandement aidé à faire reconnaître que la solution ne vient pas seulement des importations et qu'il est très utile d'envisager des solutions locales. Il y a quelque chose de fondamentalement émancipateur à orienter la réflexion vers la manière dont les aliments offerts sur le marché peuvent compléter les aliments prélevés dans la nature. Au lieu d'utiliser une approche coloniale axée uniquement sur le fait de tout importer, la Subvention pour le soutien aux chasseurs-cueilleurs a été un changement d'approche très bien accueilli.
Ce changement reconnaît un point de vue auquel les peuples autochtones adhèrent déjà. Les systèmes de connaissances des peuples autochtones méritent le même respect et la même dignité que les systèmes de connaissances structurés en éducation formelle et les formes écrites de transmission du savoir.
En 2019, le programme de soutien aux chasseurs-cueilleurs a vu le jour en tant que projet pilote en réponse aux demandes d'organismes autochtones. Être à l'écoute des besoins des personnes que l'on souhaite servir est une très bonne qualité. Dans le cadre du projet pilote, les gouvernements autochtones ont commencé à élaborer un large éventail de programmes, notamment des programmes axés sur le transfert des connaissances entre la génération plus expérimentée et la génération moins expérimentée; des programmes qui fournissent de l'équipement de chasse; des programmes qui impliquent des chasses communautaires; des programmes qui fournissent des bons d'essence aux chasseurs pour aller sur les terres, une rémunération pour les pêcheurs, ou des contributions aux organismes de chasseurs et de trappeurs; ainsi que des programmes comprenant des initiatives de transfert des connaissances entre les chasseurs-cueilleurs expérimentés et les novices.
Nous devons utiliser une approche prudente et délibérée en ce qui concerne l'utilisation des fonds, surtout lorsqu'il s'agit de fonds publics. On m'a fait part de préoccupations au sujet de la transparence des fonds fournis aux corps dirigeants autochtones pour administrer et élaborer la Subvention pour le soutien aux chasseurs-cueilleurs. Je suis d'avis qu'il faut du temps pour développer la capacité d'offrir de nouveaux programmes et qu'il est donc logique de demander du temps.
Les systèmes alimentaires durables doivent être liés à l'environnement local. On peut tirer des leçons d'autres systèmes alimentaires, mais, en pratique, les solutions doivent prendre en compte le contexte local, les besoins et les valeurs pour être efficaces, inclusives et durables.
Même lorsque les peuples autochtones restreignent manifestement leur régime alimentaire, ce dernier peut toujours être varié et riche en micronutriments en raison des nombreuses manières dont ces aliments sont transformés ou préparés.
À mon avis, il est possible de diversifier et de renforcer davantage les régimes alimentaires, ce qui exigerait un engagement à long terme dans la poursuite de ce programme. Je recommande la tenue d'un rassemblement pour échanger des expériences et discuter des programmes offerts dans le cadre de la Subvention pour le soutien aux chasseurs-cueilleurs. Les participants pourraient faire part de leurs connaissances et de leurs expériences vécues quant aux effets des changements climatiques. À mon avis, il y aurait beaucoup d'apprentissages et de leçons inspirantes à tirer d'une telle discussion.
De plus, ces histoires pourraient inspirer et sensibiliser d'autres communautés qui ne participent pas actuellement aux programmes de la Subvention pour le soutien aux chasseurs-cueilleurs.
En plus d'un rassemblement visant précisément à raconter les expériences liés à la Subvention pour le soutien aux chasseurs-cueilleurs, je crois qu'il serait utile d'organiser un rassemblement pour transmettre les méthodes de préparation des aliments. Il faut organiser des sommets axés sur le partage des connaissances, notamment la préparation des aliments entre différentes régions et générations. Comment entrepose-t-on les aliments? Sèche-t-on ou fume-t-on la viande? On pourrait aussi inclure des renseignements sur la valeur nutritionnelle des aliments prélevés dans la nature. Ces activités pourraient réunir des représentants de différentes générations et communautés. Bien qu'ils soient nombreux à vivre dans des communautés accessibles seulement par avion, les habitants du Nord sont des citoyens du monde et utilisent souvent leurs propres aliments provenant des terres, des eaux et des glaces de l'Arctique. Ce serait une excellente occasion pour les communautés de l'Arctique de se transmettre leurs méthodes et leurs pratiques de préparation des aliments, y compris leur façon d'utiliser la viande de baleine ou de préparer de délicieux repas fusion comme le sushi d'omble chevalier, la soupe tonkinoise de caribou ou le carpaccio de bœuf musqué.
Cela renouerait le lien entre la joie et la nourriture.
En outre, l'un des effets des changements climatiques est que les animaux se sont déplacés dans différentes parties de l'Arctique. Ainsi, les connaissances sur la préparation des aliments seraient très utiles dans les zones particulièrement touchées par ces changements.
Changements climatiques
La réactivité de NNC aux effets des changements climatiques est appréciée, qu'il s'agisse de réagir aux feux de forêt ou à la baisse des niveaux d'eau. Les changements climatiques ont des effets dévastateurs sur la récolte d'aliments locaux et l'importation d'aliments offerts sur le marché.
Ils touchent la chasse et la fourniture d'aliments nutritifs de qualité ainsi que la chaîne des systèmes alimentaires en raison de leurs effets sur les routes en hiver, la quantité d'eau et la capacité d'utiliser des barges.
Le stress induit par les changements climatiques nuit aux pratiques traditionnelles de liaison sociale et aux réseaux de partage de nourriture, ce qui, par conséquent, affaiblit les liens familiaux.
Gouvernance
Les membres actuels et précédents du conseil d'administration de NNC ont profondément à cœur l'apport de changements positifs et transformateurs. Grâce à leurs connaissances spécialisées et leur vécu, ils sont bien placés pour apporter ces précieuses contributions.
Malheureusement, il faut apporter des améliorations pour s'assurer que leur expérience vécue et leur expertise sont adéquatement reconnues et respectées au moyen d'une rémunération appropriée. De plus, une meilleure intégration des nouveaux membres du conseil consultatif est nécessaire. Les membres du conseil consultatif devraient s'attendre à rencontrer la ministre de manière périodique et systématique. Il devrait aussi y avoir un moyen d'effectuer un suivi de leurs recommandations.
Mesures de soutien
En mettant l'accent sur la liberté de choisir des habitants du Nord, on en déduit que le programme NNC souhaite encourager et aider les nouveaux fournisseurs à s'inscrire. Cela donnerait aux habitants du Nord plus de choix de détaillants, mais surtout, plus de choix alimentaires. Il faudrait une approche de soutien pour que les détaillants puissent offrir les meilleurs produits aux prix les plus raisonnables. Étonnamment, j'ai entendu parler du fardeau administratif inutilement lourd auquel les détaillants sont confrontés. Ce fardeau comprend l'engagement de temps nécessaire pour présenter une demande mensuelle ou les délais à respecter pour répondre aux exigences d'audit, qui sont souvent courts et peuvent nécessiter une réaffectation de ressources humaines possiblement déjà insuffisantes. De plus, j'ai entendu parler de l'administration incohérente des subventions : certains détaillants fournissent la subvention dès le départ, tandis que d'autres doivent demander des remboursements après les ventes, ce qui peut prendre jusqu'à trois mois.
Le programme NNC doit opter pour une approche plus délibérée et proactive quant à la manière dont il peut aider les détaillants plutôt que d'ajouter du travail. Pour aider davantage les détaillants, le programme NNC peut fournir les codes universels des produits subventionnés afin que les détaillants n'aient plus à effectuer le travail manuellement pour obtenir la subvention. De plus, on pourrait tenir compte du rôle du détaillant ou du système de détaillants dans les communautés. On m'a informée d'un cas où le programme NNC a fourni des rouleaux d'autocollants pour sensibiliser les gens au programme. Toutefois, cette méthode a été peu pratique : il n'y avait pas assez de rouleaux pour chaque communauté où il y avait un magasin. Par conséquent, ils n'ont pas été distribués. La solution de rechange aurait été qu'un employé du détaillant déroule les rouleaux pour les diviser, puis les réenroule en nouveaux rouleaux.
Contrairement aux petites entreprises qui doivent justifier chaque achat, les grandes entreprises n'ont pas à prouver l'identité de leurs clients. De plus, les marges des produits qui ne sont pas vendus ne sont pas prises en compte. La mesure du succès est axée sur chaque kilogramme expédié, et non sur les kilogrammes vendus ou mangés.
Infrastructure
Les investissements visant à améliorer l'infrastructure des communautés du Nord profiteraient au système alimentaire. Les améliorations de l'infrastructure qui élargiraient l'accès aux aliments offerts sur le marché comprennent l'asphaltage des pistes d'atterrissage afin que les plus gros avions puissent atterrir et transporter de plus grandes quantités de denrées alimentaires. Cela aurait également une incidence positive sur le transport d'équipement de chasse coûteux nécessaire aux chasses communautaires permettant d'obtenir des aliments prélevés dans la nature. En outre, pour faciliter et élargir l'accès à de tels aliments, il serait utile d'investir dans certaines infrastructures, comme les congélateurs communautaires et les installations de transformation des aliments. Il importe que les communautés obtiennent l'aide nécessaire pour construire des usines de transformation des aliments, si elle souhaitent aller dans cette voie.
Lois
Le Canada doit examiner ses règlements pour s'assurer qu'ils soutiennent les systèmes alimentaires autochtones. Comment le Canada peut-il contribuer davantage aux systèmes alimentaires des peuples autochtones afin que tous les résidents puissent y accéder facilement? Il pourrait y avoir une occasion d'établir des marchés ouverts pour les aliments prélevés dans la nature. Il devrait y avoir un moyen d'assurer la disponibilité des aliments des peuples autochtones et leur intégration aux programmes de repas scolaires de l'Arctique. Le Brésil offre un exemple de modification de la réglementation pour une région précise. Il est possible d'élargir les perceptions à l'endroit des chasseurs-cueilleurs. Ces derniers contribuent à une économie dynamique et doivent être appuyés, tout comme l'économie agricole de longue date et bien investie.
Conclusion
Le présent rapport ne contient rien de nouveau. Il s'agit d'un rassemblement de choses que les gens disent et qu'ils continueront de dire. Nous souhaitons être en mesure de choisir les aliments que nous mangeons et nous voulons que le gouvernement canadien nous aide à y parvenir.
Le premier ministre Mark Carney a prononcé l'expression « sécurité et […] prospérité en Arctique » lors de la conférence de Davos, ce qui m'a fait réfléchir à la manière dont cela inclut également la prospérité alimentaire et la sécurité alimentaire.
Les éléments faisant l'objet d'une évaluation changent. Les éléments que l'on peut mesurer peuvent être améliorées. Là où il y a une volonté politique, il y a un chemin. Les ressources sont définies et investies. Je recommande que l'insécurité alimentaire dans le Nord soit jugée comme un échec de la part du Canada et que les membres du Parlement exigent une évaluation et une surveillance de l'insécurité alimentaire à intervalles prédéterminées (p. ex. tous les trois ans). Les Canadiens du Nord méritent de sentir qu'ils font partie intégrante du Canada. Après tout, la version anglaise de l'hymne national affirme que nous sommes le « véritable Nord, fort et libre » (True North, Strong and Free).